Stage Romuald, 9 et 10 mars 2019
   
   
   
   
   
   
Après le traditionnel tour de table (sans tables), Romuald retient trois demandes récurrentes : un travail sur les transitions (passer d'une scène, d'un tableau à l'autre), un autre sur la dynamisation des comédiens (comment faire en sorte que l'amant se cache vraiment vite quand survient le mari), un troisième sur la manipulation d'objets (marionnettes, théâtre d'objet) et un autre troisième sur le théâtre d'ombres.
   
   
   
Installation pour le théâtre d'ombres
   
On peut projeter directement sur les murs, mais c'est mieux d'avoir un écran. On n'est évidemment pas obligé d'utiliser un système aussi sophistiqué (observer l'alliance de l'aluminium, du bambou et du gaffer) ; pour l'écran, privilégier un intissé, avec un tissu classique, type drap, on voit la trame, ce qui peut gêner, il faut faire des essais. On installe l'écran en fonction du type d'ombre qu'on va utiliser : devant si on a uniquement des ombres "chinoises", la source lumineuse est au fond, les comédiens sont entre la source et l'écran (type 1) ; au fond si on veut seulement des ombres projetées, la source lumineuse est devant, les comédiens entre la source et l'écran, on les voit, ainsi que leur ombre (type 2) ; au centre si on utilise les deux procédés.
   
   
   
Ombres "chinoises" , type 1 : un éléphant (d'Asie) et Vishnu
   
Type 2 : Romuald et Chloé (Terre ! Terre !)
   
La source lumineuse peut être fixe, ou mobile. Elle peut être sur pile, ou sur secteur. Dans tous les cas on choisira une ampoule dont le filament est ponctuel (type led, avec une seule ampoule) et non allongé (type halogène de salon) afin d'obtenir une ombre nette. Un vidéo projecteur, un projecteur de diapos ou un rétro projecteur donnent de bons résultats, et sont puissants ; moins puissants, mais plus maniables, les téléphones portables ou les lampes de poche à led (attention à choisir une lampe avec une seule led, les ombres seront floues s'il y en a plusieurs) : on voit sur les images "type 2" qu'on obtient très vite des résultats intéressants avec un simple téléphone, sans danger pour les manipulateurs : il ne chauffe pas et n'est pas branché sur le secteur. Inconvénient, puissance médiocre : avec une lampe torche type Maglite on aurait un bon compromis.
Avec une source fixe, en travaillant en "ombres chinoises" (type 1) on passe beaucoup de temps à caler l'image vue par le spectateur, très difficile à reproduire précisément, les comédiens ne voient pas l'effet produit, peuvent se sentir manipulés et sont contraints à des postures parfois inconfortables : Romuald a proposé à un groupe d'expérimenter cette technique, le bilan est effectivement nuancé : beaucoup de contraintes pour un résultat médiocre.
Avec une ou plusieurs sources lumineuses manipulées par un "technicien" ou par le comédien lui-même (type 2), on comprend rapidement que le procédé est d'une très grande souplesse : on peut, par exemple, donner l'illusion du déplacement du comédien en déplaçant la source lumineuse, on peut aussi le faire grandir en rapprochant la source, le rapetisser en l'éloignant...
   
   
Matériel peu adapté, qui chauffe et peut être dangereux avec des enfants, et qui ne produit pas une lumière homogène
On arrive cependant à de bons résultats même si l'ombre n'est pas très nette
   
   
Créativité avec gélatine et masque
   
   
Technique type 1, avec une, puis deux sources lumineuses : joli résultat...
   
   
.... mais ici les ombres portées sont plus nettes et on voit les comédiennes jouer (type 2)
   
   
Projection de l'image d'une cage à oiseaux à la lumière d'un téléphone, effet garanti... et on peut mettre Marion dans la cage !
   
   
   
Dynamiser les mouvements, transformer les contraintes en trouvailles scéniques
   

Se débarrasser des coulisses et de manière générale de tout ce qui tendrait à faire oublier au spectateur qu'il est au théâtre, pour lui faire croire qu'il assiste à une scène de la vie réelle : tous les comédiens sont sur scène, du début à la fin, plutôt que de se donner la contrainte de tout vouloir cacher, on montre, c'est du jeu théâtral : maquillage, changement de costume, changement de décor. Penser à Kantor, présent sur scène pendant les représentations pour commenter sa scénographie et diriger ses comédiens...

Pour chercher à dynamiser des comédiens un peu mous, par exemple dans une scène de vaudeville (le mari rentre, l'amant se cache), Romuald propose de transformer la scène en un jeu du type 1-2-3-soleil : les comédiens sont sur scène, au top on entend le mari arriver (bruit de pas, sifflotement enjoué, il ne s'attend pas à trouver sa femme dans les bras de son meilleur ami, le pauvre gars...) ; on compte jusqu'à 5 (ou 2, ou 10 en fonction de la progression de l'exercice) et on court se cacher, au top personne ne bouge, quelle que soit la proposition de cachette et la position des comédiens ; le mari joue et doit s'adapter : si l'amant s'est caché derrière le porte-manteau, il dépose son chapeau sur sa tête, si l'épouse volage s'est cachée dans les bras de l'amant, le mari s'étonne de la présence de cette nouvelle sculpture dans son salon... Le metteur en scène note les propositions, on rejoue : on donne plus de temps, ou moins de temps, on ajoute des contraintes, on note à nouveau : on utilise ce matériau (ou pas ??)

Comment passer d'une scène à l'autre, surtout quand il s'agit d'extraits de pièces qui ne s'enchaînent pas nécessairement ? Chaque stagiaire pense à un passage de son spectacle, et en fait jouer un tableau de quelques secondes : il choisit ses comédiens, installe son décor. On joue, dans un ordre aléatoire, 5 extraits (ou plus, ou moins, selon le nombre des stagiaires, nous en avons joué 5, n'en parlons plus). Le metteur en scène, ou meneur de jeu, ou animateur de stage, bref, choisit l'ordre de passage qui lui semble le plus adapté, et on rejoue les 5 tableaux, mais cette fois en les enchaînant : il faut arriver le plus rapidement possible à passer d'une scène à la suivante après le top en indiquant la fin... Dans un premier temps, on distingue clairement les "comédiens", qui jouent dans la scène suivante et doivent s'y préparer, des "techniciens" qui ne jouent pas et peuvent se charger des accessoires, des décors... Quelques essais de transitions de plus en plus rapides et efficaces, sur ce modèle : chacun connaît son rôle (technicien ou comédien), on marque au sol la position des décors, on peut utiliser un code de couleur pour différencier le placement des objets, des personnages, etc. On peut également faire des schémas, prendre des photos... Quand ce système simple est bien rodé, on peut le nuancer : on utilise la lumière (noir classique, ou autre : pourquoi ne pas réinvestir le travail sur les ombres ?) ; on ajoute de la musique, qui peut être enregistrée, mais aussi jouée sur scène ; les techniciens deviennent musiciens, mais peut-être comédiens s'ils interviennent dans le jeu : ce qui était une contrainte devient un élément de scénographie. Certains élèves, à tel moment du jeu, ne voudront pas s'investir en tant que comédiens, ce n'est pas une raison pour les en exclure, ils seront pour un temps comédiens-techniciens : si un incident se produit (un vase tombe et se casse), ils seront là pour balayer, mais pas en se cachant, au contraire, en jouant le balayeur ; si malencontreusement une table n'est pas exactement à sa place, une nappe est disposée hâtivement, ils interviendront tranquillement pour rétablir le plan initial.

 

Echauffements
   
   
Outre les classiques exercices de marche (neutre avec occupation du plateau, puis avec défaut physique, en ligne droite, en courbe, avec paroles, avec rencontres...), et de périlleux échauffements des articulations des mains et des bras propres aux marionnettistes et difficiles à décrire et à photographier, Romuald propose un exercice inédit : on place un bâton à trois centimètres en dessous de son nombril et on se déplace dans la salle, en s'efforçant bien sûr de ne pas le faire tomber : quand on a compris le principe, on peut se baisser, s'asseoir, jongler... Bel exercice de concentration, d'écoute de l'autre et de travail sur ses chakras...
   
   
Théâtre d'objets
   
   
On a apporté avec nous toute une série d'objets, fixes ou articulés ; la consigne est simple : choisir un objet et mettre en place une courte scénographie avec entrée, adresse au public, sortie. Devant des stagiaires attentifs et séduits, Romuald donne quelques consignes : le comédien doit adapter son jeu à l'objet, si le dragon n'a qu'une dent, il aura un défaut de prononciation... Le regard est essentiel, si le comédien regarde sa marionnette, le public la regardera, s'il regarde le public, c'est sur lui que portera le focus : les deux sont possibles (on n'interdit rien, on évite le "non !" qui stoppe la créativité), mais on s'interroge sur le sens qu'on donne à ce choix.
   
   
Christine regarde son objet, Johanna ne regarde pas Christine, mais bien le pinceau.
Ici, on regarde Florence, mais ni la pince, ni le poisson : quel sens la comédienne a-t-elle donné à ce regard ???
   
Retour sur jeu : tous les regards se portent sur le caméléon (car s'en est un)
Retour sur jeu : qui est-ce qu'on regarde ? celui qui est regardé...
   
 
 
Un peu de théorie...
Rapports marionnette/comédien : qui parle ? : la marionnette/l'objet : le comédien regarde la marionnette. Focus : le comédien le choisit avec son regard et sa position. Si l'objet se trouve entre le visage du comédien et le public, le focus sera flou, le comédien doit s'effacer, mais il peut aussi marquer sa présence pour un clin d'œil au public : on ne s'interdit rien, mais on assume ses choix.
Etre attentif à son objet et à ses potentialités : le caméléon vu plus haut peut se déformer, il devient alors beaucoup plus expressif ; il fait du bruit (comme la girafe de nos berceaux) et par ce petit orifice sort de l'air, qui peut permettre de faire des bulles de savon...
Penser aux silences et à l'immobilité, ménager des arrêts qui retiendront l'attention : on ponctue le jeu, comme dans un texte, avec des pauses (virgules), des arrêts (points) et on donne au jeu le rythme d'un phrase.
Ne pas nier les difficultés, les accidents de jeu : les mettre "en apesanteur", les contourner pour qu'ils deviennent un élément constitutif du jeu (l'objet est tombé, ne cherchons pas à le ramasser furtivement mais au contraire jouons sur cette chute ; on n'a pas réussi la manipulation souhaitée, ne pas le souligner par un soupir ou un geste de dépit, mais reprendre en trouvant une transition dans le jeu...)
On pense au son : bruits de l'objet sur la table, accompagnement musical...
   
Pour finir, on prend un verre
   
   
Exercice simple et très riche : une table, un verre (qui peut se casser) : le comédien entre en scène, prend le verre, le fait tourner sur lui-même sur la table, sort. Aucune autre consigne, chacun joue comme il l'entend, attentif à ne pas casser le verre ou au contraire espérant qu'il explosera, sérieux ou clownesque, tout est possible, et ça marche.
   
   
   
Merci, Romuald, et à bientôt...
 
Photos et commentaires Dominique Rieffel
 
 
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